La Cité de Carcassonne au Moyen Âge : histoire d’une forteresse imprenable
La Cité de Carcassonne n’est pas qu’un décor de conte de fées restauré par Viollet-le-Duc. C’est une forteresse qui a joué un rôle militaire et politique de premier plan pendant près de mille ans, des Wisigoths à l’intégration au royaume de France.
Des origines wisigothiques
Avant d’être française, avant d’être cathare, Carcassonne est wisigothique. Les Wisigoths, qui ont fait de Toulouse leur capitale, ont transformé l’oppidum romain en une forteresse en dur au Ve et VIe siècle. Les tours wisigothiques, reconnaissables à leur appareil de briques alternant avec la pierre, forment encore la base de certaines tours du rempart intérieur. Lorsque les Arabes traversent les Pyrénées au VIIIe siècle, Carcassonne leur résiste — la légende de Dame Carcas qui fait sonner les cloches pour simuler des troupes abondantes est née de cette époque.
La Cité et les cathares
Au début du XIIIe siècle, Carcassonne est le fief des vicomtes Trencavel, protecteurs des cathares. En août 1209, Simon de Montfort assiège la ville. Sans accès à l’eau, la garnison capitule au bout de deux semaines. Le vicomte Raymond-Roger Trencavel est fait prisonnier et meurt en détention quelques mois plus tard. La Cité change de mains et devient une forteresse royale française.
La double enceinte royale
Les rois de France, Louis IX (Saint Louis) puis Philippe III le Hardi, transforment profondément Carcassonne entre 1240 et 1285. Ils construisent une deuxième enceinte, créant les lices — couloir défensif entre les deux remparts — et renforcent considérablement les tours et le château comtal. La Cité devient un exemple de l’architecture militaire médiévale la plus élaborée d’Europe occidentale, avec 52 tours et 3 kilomètres de remparts.
Le rôle de Viollet-le-Duc
Au XIXe siècle, la Cité est en ruine partielle et menacée de démolition. L’architecte Eugène Viollet-le-Duc en entreprend la restauration à partir de 1853, une œuvre qui durera jusqu’à sa mort en 1879. Sa reconstitution, controversée — il a notamment ajouté des toits en ardoise normands qui ne correspondent pas au style méridional original — a permis de sauver l’ensemble. Classée monument historique puis inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997, la Cité accueille aujourd’hui plus de 3 millions de visiteurs par an.