Simon de Montfort : le croisé qui a ravagé l’Occitanie
Son nom est synonyme de terreur dans la mémoire occitane. Simon de Montfort, chef militaire de la croisade albigeoise, a mené pendant dix ans une conquête impitoyable des terres du Midi. Portrait d’un homme de guerre au service d’une cause religieuse et politique.
Un seigneur du Nord au destin méridional
Simon IV de Montfort est né vers 1165 dans le comté d’Île-de-France. Seigneur d’une petite baronnie, il participe à la quatrième croisade en 1202 mais refuse de participer au sac de Zara, une ville chrétienne, montrant ainsi une certaine orthodoxie morale. En 1209, le pape Innocent III décrète une croisade contre les hérétiques albigeois. Simon de Montfort se joint à l’expédition et s’impose rapidement comme son chef militaire le plus efficace.
Une décennie de conquête
Entre 1209 et 1218, Simon de Montfort s’empare de la quasi-totalité des terres du vicomte Raymond-Roger Trencavel et du comte Raymond VI de Toulouse. Carcassonne, Béziers, Minerve, Lastours, Termes : les villes et châteaux tombent les uns après les autres. Sa méthode est brutale et efficace. À Minerve, en 1210, 140 parfaits cathares sont brûlés vifs — le premier grand bûcher collectif de la croisade. À Lavaur, en 1211, 400 parfaits et la châtelaine Guiraude, jetée vivante dans un puits, périssent.
La mort devant Toulouse
Toulouse lui résiste. La ville, soutenue par son comte et sa population, supporte plusieurs sièges. Le 25 juin 1218, Simon de Montfort est tué par un projectile lancé depuis les remparts — une pierre de trébuchet, selon les chroniques occitanes, actionnée par des femmes et des jeunes filles de la ville. Sa mort, survenue au moment où sa domination semblait assurée, ouvre une période de reconquête occitane qui durera plusieurs années.
Un héritage ambigu
Simon de Montfort reste une figure profondément ambivalente. Héros de la foi catholique pour ses contemporains du Nord, tyran sanguinaire dans la mémoire occitane, il incarne la violence avec laquelle le pouvoir royal et ecclésiastique a écrasé une civilisation distincte. Son fils Amaury ne parvient pas à maintenir les conquêtes : en 1224, il cède ses droits au roi de France, qui achève par voie diplomatique et militaire l’annexion de l’Occitanie au domaine royal.